Les conditions de travail en France persistent, depuis plus de trente ans, à présenter des risques importants pour la santé physique et mentale des salariés. Avec encore plus de 780 000 accidents avec arrêts en 2019 et 790 accidents mortels, cette situation semble s’installer dans la durée. Les travaux académiques montrent que les facteurs en sont aujourd’hui bien connus, ainsi que les conséquences. Toutefois, la région Hauts-de-France se distingue des moyennes nationales par une forte sur-sinistralité des accidents de travail dans différents secteurs. À l’heure où le PST4 et le PRST appellent à un rapprochement de la santé au travail et de la santé publique, comment la santé publique peut renouveler et enrichir la prévention dans les entreprises ? Comment les acteurs régionaux peuvent identifier des leviers d’actions ? Les statistiques des accidents du travail Des spécificités territoriales Les Hauts-de-France sont confrontés depuis plusieurs années à une situation particulière quant aux accidents de travail : le taux de sinistralité dépasse les moyennes nationales. Par exemple, en 2024, dans la région, 54 000 accidents du travail ont été recensés (régimes général et agricole). Cela représente un taux de 31,6 accidents pour 1000 salariés, soit 5,3 points de plus que ce que l’on observe ailleurs sur le territoire. En partenariat avec la Carsat et les acteurs du territoire, la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités, la Dreets, a pris des mesures pour comprendre les sources de cette sur-sinistralité et agir de manière ciblée pour une prévention efficace. Les actions et études menées au cours du Plan régional santé travail 4 (PRST4) ont ainsi permis d’identifier des populations, des secteurs et des métiers particulièrement exposés (BTP, Ehpad, jeunes travailleurs). Un atelier dédié L’atelier proposé par l’INTEFP le 10 juin 2024, à Lille, a réuni des représentants de la Dreets, de la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (la Carsat), des Service de prévention et de santé au travail interentreprises (SPSTI), des partenaires sociaux ainsi que les chercheurs Arnaud Mias et François-Xavier Devetter. Ont été pointées différentes problématiques structurelles, comme les reconversions des anciens bassins industriels. En parallèle, les transformations de certains secteurs d’activité ont permis de réduire des facteurs de risques – comme le risque routier grâce au télétravail. Mais ces situations demeurent très inégales et les évolutions des conditions d’emploi ont aussi des effets importants sur la capacité à agir sur l’exposition aux facteurs de risques : c’est le cas du développement du recours à l’intérim et/ou à la sortie du cadre salarial pour des statuts de micro-entrepreneurs. Enfin, il faut prendre en compte les différences liées aux particularités territoriales – inégalités socio-économiques entre bassins d’emploi, mais aussi dans la structuration des réseaux d’acteurs de prévention (dont les Services de prévention et de santé au travail interentreprises, les SPSTI). Ainsi, les différents départements de la région Hauts-de-France ne s’inscrivent pas dans des dynamiques similaires. Poursuivre la culture de prévention La préparation du nouveau Plan régional santé travail, le PRST, dès 2025, ainsi que la mobilisation d’acteurs départementaux (dont les observatoires départementaux d’analyse et d’appui au dialogue social et à la négociation, les ODDS) et de branches particulièrement concernées (le transport, le BTP, etc.) sont autant de ressources sollicitées pour le développement d’une véritable culture de prévention face aux accidents de travail. Comprendre la sur-sinistralité des accidents du travail dans les Hauts-de-France (2024) PDF - 169.6 Ko Les constats des chercheurs sur l’évolution des conditions et de la soutenabilité du travail Dans cette vidéo, Arnaud Mias analyse les leviers d’amélioration des conditions de travail et les conditions d’un dialogue social favorable à la santé au travail, notamment à l’échelle territoriale. Dans cette vidéo, Mathilde Guergoat-Larivière analyse les leviers dont disposent les partenaires sociaux pour améliorer les conditions de travail et d’emploi et les pistes d’action à l’échelle européenne. Catherine Delgouet revient sur les objets de négociation entre partenaires sociaux qui pourraient contribuer à favoriser la soutenabilité du travail. Les autres thématiques des sessions flashs Transition écologique et transformation du travail Egalité Femmes/Hommes au travail : les entraves persistantes Externalisation et sous-traitance