Mayotte : l’INTEFP contribue au dialogue social

Publié le 08/06/2026


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En décembre 2025, l’INTEFP organisait avec la DEETS Mayotte un séminaire autour du dialogue social. Réunissant chefs d’entreprise, responsables des ressources humaines et représentants syndicaux, ce rendez-vous est intervenu dans un contexte économique particulier pour l’île, mais aussi dans la continuité d’une démarche engagée depuis plusieurs années avec l’INTEFP.

Trois représentants de l’institut ont fait le déplacement : Mélanie Burlet, la directrice de l’Innovation et des Partenariats, Pierre-Jean Rozet, responsable de mission Dialogue social et Édouard Robin, responsable de projet Santé au travail et QVCT.

Pierre-Jean Rozet, séminaire dialogue social, Mayotte
Les objectifs du séminaire

Initié par la Direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DEETS) de Mayotte avec le soutien de l’INTEFP, le séminaire qui s’est tenu à Dembeni avait une double ambition : 

  • dresser l’état des lieux du dialogue social dans les entreprises mahoraises,
  • proposer des priorités d’action dans trois chantiers : dynamiser le dialogue social ; conforter la fonction RH ; structurer le dialogue social de branche.

Répartis en trois ateliers, les participants ont élaboré à l’issue de la journée une feuille de route (pour les acteurs du territoire) listant de premiers axes de travail dans chacune des trois thématiques. Le détail est à retrouver dans le livrable publié à la suite du séminaire et consultable en cliquant ci-dessous.

Pourquoi l’INTEFP a été sollicité pour organiser ce séminaire

Cette intervention de l’INTEFP sur le territoire de Mayotte n’est pas une première. Dans le cadre de la départementalisation de l’île, « l’INTEFP avait été sollicité en 2019 pour construire la formation des futurs conseillers prud’homaux, retrace Pierre-Jean Rozet. Connu et apprécié pour cette logique de formation, l’institut a de nouveau été approché en 2022 pour aider, cette fois, à la structuration des branches professionnelles sur le territoire. En effet, une situation de blocage était constatée entre les organisations syndicales d’un côté et patronales de l’autre. » À l’époque, le SMIC local était 30 % en dessous du SMIC métropolitain. 

Mélanie Burlet, séminaire dialogue social Mayotte

Les syndicats revendiquaient l’application des grilles de classification des branches professionnelles de métropole, arguant de la départementalisation de Mayotte, les employeurs redoutant de leur côté qu’une telle mise en place ne les mette en difficulté financière et en situation de cessation d’activité. « Le directeur de la DEETS d’alors, Michel-Henri Mattera, a opté pour une attitude pragmatique qui permette d’améliorer la situation des salariés tout en donnant plus de visibilité aux entreprises. » Or pour débuter les négociations, sans accord de branches, sans même de structuration des branches professionnelles, il y avait tout à construire. Dans cette perspective, Pierre-Jean Rozet va se rendre sur place à plusieurs reprises à partir de fin 2022. 

« Lors de mon premier voyage à Mayotte, on a rencontré l'ensemble des organisations syndicales et patronales, plus un certain nombre de branches professionnelles pour échanger, dialoguer, etc. Voir ce qui était jouable et ce qui ne l'était pas ».

Un premier séminaire est organisé en avril 2023 en présence de partenaires sociaux et de chefs d’entreprises de branches professionnelles jugées prioritaires, parmi lesquelles hôtel-café-restaurant, transport, bâtiment-travaux publics, sécurité. Cela a débouché sur de premières formations communes juridiques, en juin 2023, « elles portaient sur ce que sont les prérogatives d’une branche professionnelle, sur les articulations des prérogatives branches professionnelle / entreprises, sur la structuration des accords collectifs ».

Puis en septembre et novembre 2023, se sont déroulées les premières formations communes des négociateurs pour les branches très interactives. Parmi les points abordés : Quelle est la latitude du négociateur ? Comment se construit une négociation basée sur les intérêts des deux parties ? 

Enfin, en décembre 2023, une dernière formation a été organisée à destination des agents de la DEETS Mayotte qui allaient accompagner les branches.

Cet accompagnement par l’INTEFP n’a pu se poursuivre comme prévu en 2024 et début 2025 pour des questions budgétaires. Mais la perspective d’un nouveau séminaire fin 2025 a permis de relancer le partenariat. De nombreux rendez-vous préparatoires se sont donc déroulés jusqu’au séminaire du 2 décembre.

Une mise en place progressive

Un secteur professionnel a permis de tester la structuration de branche et l’adaptation d’une convention collective nationale aux spécificités du territoire : la branche propreté et hygiène.

Sur fond d’absence de dialogue entre professionnels du secteur, un groupement de sept entreprises, représentant 85 % du marché, a été mis en place. Les discussions entre employeurs et organisations syndicales ont débouché sur un accord de méthode et une démarche auprès des négociateurs de la branche en métropole. Ceux-ci ont conclu un avenant à la convention collective nationale, prenant en compte la réalité du SMIC mahorais.

Edouard Robin, séminaire dialogue social, Mayotte, décembre 2025

« Ce n’est pas la convention collective de métropole qui s’applique, mais, à la suite de ces négociations, les employés de la propreté de Mayotte ont obtenu une revalorisation de 6 % de leurs salaires et une prise en compte de l’ancienneté », souligne Pierre-Jean Rozet.

À partir de cet exemple, précise encore le responsable de mission, le séminaire et les réunions préparatoires ont « permis de clarifier ce que sont les prérogatives d’une branche professionnelle, quel est l’espace de jeu sur lequel les acteurs peuvent discuter». Ces réunions ont également permis d’apprendre à négocier, de comprendre ce qui se joue dans une négociation, d’avancer en se basant sur les intérêts des deux parties « autant d’aspects que nous travaillons dans les formations communes ».

Comment l’INTEFP a géré l’organisation du séminaire ?

L’INTEFP a donc été sollicité par la DEETS pour coorganiser et animer la journée de séminaire du 2 décembre qui s’est déroulé à Dembeni, à 12 km au sud de Mamoudzou.

Édouard Robin a participé à l’élaboration du programme : « nous avons tout de suite proposé de travailler en atelier.  L’idée étant de mettre les acteurs ensemble dès le début, en groupes thématiques, pour que l’on puisse produire du contenu entre bilan et propositions. Il était primordial de partir des attentes des acteurs pour que ce soit cela qui nourrisse ensuite les travaux ». 

Ainsi, les représentants de l’INTEFP se sont répartis en trois ateliers : 

  • Mélanie Burlet a animé l’atelier 1 sur Dynamiser le dialogue social en entreprise ;
  • Édouard Robin avait en charge l’atelier 2 sur Conforter la fonction RH des entreprises du territoire ;
  • Pierre-Jean Rozet a animé l’atelier 3 sur Structurer le dialogue de branche territorial.

Plusieurs témoignages d’entreprises et de représentants des personnels sont venus émailler les échanges, « nous souhaitions donner la priorité à des exemples concrets du territoire, pour avoir une matière de base de travail vraiment empreinte des réalités de Mayotte », commente Édouard Robin avant de citer en exemple l’Aadtm structure en charge du développement touristique. En effet, « pour la mise en place de son conseil économique et social, son CSE, l’agence a été accompagnée par une consultante. Cette expérience a permis d’échanger sur les difficultés rencontrées notamment avec la question de la langue et sur l’importance de bien associer tout le monde au processus ». 

Ainsi, une prise de contact préalable avec les entreprises conviées au séminaire « a permis de peaufiner les angles et les thématiques prioritaires à aborder ».

Lors de cette séquence des ateliers, il y a d’abord eu une présentation des enjeux et du contexte mahorais, puis un travail individuel, ensuite par petits groupes, avant une mise en commun des différentes propositions. Lors de la phase finale de restitution, chaque atelier a exposé les leviers identifiés et les premières préconisations.
La journée s’est conclue par l’intervention de l’ancien directeur général du travail, Yves Struillou.

Quelles vont être les suites ? 

« Nous avons posé des bases sur les trois champs qui ont été investigués par le séminaire », rappelle Pierre-Jean Rozet. Ce séminaire « technique visait clairement à produire une feuille de route pour 2026 et après », poursuit Édouard Robin. Cela a permis notamment de dresser les premières grandes lignes « sur les actions prioritaires, les acteurs à embarquer, sur les différents niveaux d’intervention : qu’est-ce qui se joue au niveau des entreprise, de la DEETS et de l’État, du Conseil départemental, des branches professionnelles ».

Pierre-Jean Rozet, séminaire dialogue social, Mayotte

Parmi les priorités de travail mises en avant, « la question de la formation est beaucoup revenue. Et pas seulement les formations pour les branches, mais aussi dans les entreprises autour de la négociation et de la mise en place du CSE », précise encore Édouard Robin.

Pour l’INTEFP, ce séminaire visait à « accompagner la DEETS dans ses missions d’appui au dialogue social » et sur les « questions de conditions de travail et d’attractivité de Mayotte ».
« Il y a donc désormais des enjeux de formation, mais aussi d’animation de réseaux et de mutualisation pour recruter des compétences et créer des parcours d’attractivité ».

Pierre-Jean Rozet est reparti confiant de Mayotte : « je vois concrètement les choses évoluer. Déjà, le fait que l’on vienne de métropole et que l’on ait pris le temps de les écouter et de coconstruire le séminaire avec eux a été très positif. Ce travail en profondeur, impliquant véritablement les acteurs sociaux, a été très apprécié ». ▪

Située à 8 000 km de Paris, entre Madagascar et le Mozambique, Mayotte est devenu le 101e département français en 2011. L’histoire commune entre la métropole et ce territoire de l’océan Indien faisant partie de l’archipel des Comores a débuté au 19e siècle, lorsque le dernier sultan régnant sur le secteur vend l’île au roi français d’alors, Louis-Philippe d’Orléans. 
Les Mahorais se prononcent en 1974 contre l’indépendance revendiquée par les îles voisines, manifestant ainsi leur volonté de rester français. 
Différents statuts ont lié les deux territoires au cours de leur histoire. 

Le département-région de 374 km² (soit un peu plus de trois fois la superficie de Paris) compte aujourd’hui 321 000 habitants et est marqué par une pauvreté endémique et une forte pression démographique, les projections de population avançant le chiffre de 760 000 habitants en 2050.

Actuellement, 77 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté national (5 fois plus qu’en métropole), 40 % de la population vit dans des bangas (des bidonvilles), le niveau de vie médian est 7 fois plus faible que celui des Métropolitains, le taux de chômage est très élevé : 29 % contre 7,6 % en France métropolitaine (chiffres de juin 2025). Il y a un manque d’infrastructure, des problèmes d’accès à l’eau et à l’électricité.

Le cyclone Chido qui a ravagé l’île en décembre 2024 n’a épargné aucun secteur économique impactant fortement les outils de production, les bâtiments, les espaces de stockage. 

Dans un tel contexte, le secteur public reste un grand pourvoyeur d’activité aux effets d’entrainement. La reconstruction de l’île après Chido offre l’opportunité d’un développement économique souhaité « durable et soutenable ». Cela passe notamment par un accompagnement renforcé des acteurs économiques de tous les secteurs. Ainsi depuis 2025, plusieurs programmes d’investissements signés entre l’État et le département-région visent à répondre aux enjeux de rattrapage et de développement de l’île.

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