Dialogue social et salaire vital, l’INTEFP contribue à l’Université d’été 2026 du CIF-OIT

Publié le 04/11/2026


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La 2e édition de l’université d’été sur le dialogue social organisée par le Centre international de formation de l’Organisation internationale du travail, le CIF-OIT, s’est tenue du 22 au 24 septembre sur le salaire vital dans le monde. Mélanie Burlet, la directrice Innovation et partenariats de l’INTEFP, a représenté l’institut à plusieurs titres. 

2e édition de l’université d’été sur le dialogue social

Quelle a été la contribution de l’INTEP à cette édition ?
Mélanie Burlet : En tant que membre du comité scientifique de l’université d’été du dialogue social, l’INTEFP participe à la problématisation du sujet de l’édition en vue de lancer un appel à contribution auprès de chercheurs du monde entier. Le fil conducteur de chaque université d’été est d’explorer un thème sous l’angle du dialogue social : en quoi le dialogue social doit-il être renforcé dans le cadre de la thématique choisie ? Quel rôle peut-il jouer ? À quelles conditions ?

Pour cette deuxième édition intitulée « Dialogue social et salaire vital, renforcer les institutions du travail pour une mise en œuvre durable », le comité scientifique a eu à désigner les contributions les plus pertinentes parmi plus de 30 propositions reçues !

Chaque contribution sélectionnée se concrétise par la rédaction d’un article présenté lors de l’université d’été et servant de base de discussion entre les participants. L’objectif est de nourrir cette université avec les connaissances les plus actuelles sur le sujet et de soutenir des programmes de recherche, dont ceux de jeunes chercheurs, sur ces enjeux importants pour le dialogue social transnational. 

Le comité scientifique a aussi pour rôle de participer à l’animation des trois journées de sessions, de contribuer aux travaux et d’enrichir les discussions dans les ateliers. Pour ma part, j’ai été la modératrice de la contribution « Les salaires vitaux dans les chaines d’approvisionnement mondiales : le dialogue social comme outil au service du devoir de vigilance », présentée par des chercheurs nigérians : Nancy Nzom et Daniel Moses Eyyazo (voir programme complet ci-dessous).

Trois jours d’université d’été, trois étapes : comprendre, mettre en œuvre, agir.

Les six contributions présentées étaient :

  • Les salaires vitaux dans les chaines d’approvisionnement mondiales : le dialogue social comme outil au service du devoir de vigilance, par Nancy Nzom, fondatrice-directrice executive Zinago institute for policy and socio-legal research (Nigéria) 
    Et par Daniel Moses Eyyazo, chercheur à Nasarawa university Keffi (Nigéria)
  • Dialogue social transnational et salaires vitaux : apports et limites des législations relatives au devoir de vigilance, par Nicolas Bueno, professeur de droit international et européen, FernUni Schweiz-UniDistance Suisse
  • Mettre en œuvre les salaires vitaux : articuler les initiatives des entreprises, le dialogue social et les institutions nationales, par Marie-Noëlle Lopez, directrice générale de Newbridges (France)
  • Dialogue social et salaires vitaux : Better Work, le gouvernement haïtien et la fabrique d’une norme salariale sous tension, par Wilsot Louis, chercheur associé au Laboratoire de changement social et politique (LCSP), Université Paris Cité
  • Les accords-cadres internationaux : un levier complémentaire pour promouvoir les salaires vitaux, par Renée-Claude Drouin et Majda Lamkhioued, de l’université de Montréal
  • Dialogue social et débats sur le salaire vital dans les chaines d’approvisionnement mondiales : enseignements des secteurs du thé et de l’habillement en Inde, par Mansi Gupta, advisor Colors Consulting (Inde)

En ouverture de ces différentes contributions, a été proposée une présentation des principes et approches de l’OIT. Une table ronde des partenaires sociaux sur « Salaires vitaux : quelles responsabilités pour les gouvernements, les entreprises et les partenaires sociaux ? », réunissant des représentants de gouvernement, de la confédération syndicale internationale (CSI) et de l’Organisation internationale des employeurs (OIE), est venue également compléter les apports et nourrir les échanges. 

Quelle expertise apporte l’INTEFP ?
M.B. : Dans le cadre de cette université d’été, je pense que l’expérience de l’INTEFP en matière de dialogue social tripartite est la bienvenue. Nous sommes experts de la conception et de l’animation de ce type de dispositif, notamment grâce à l’expérience accumulée au fil de 38 éditions de sessions nationales tripartites sur un grand nombre de sujets. Sur le sujet du salaire vital, enjeu sur lequel les entreprises multinationales ont un rôle à jouer, il est essentiel que les institutions rappellent et pointent l’importance d’un dialogue social de qualité. Les questions sont encore actuellement très nombreuses et en suspens, les pratiques restent très limitées. Considérer que le dialogue social est un moteur du développement du salaire vital, ce n’est pas encore acquis ! Lors de cette université, la question centrale tournait autour des leviers qui permettraient de renforcer le dialogue social pour une mise en place effective du salaire vital et adaptée aux contextes locaux. J’ai eu d’ailleurs l’occasion de rappeler aux participants que l’objectif de l’université c’est moins de chercher un consensus immédiat sur le salaire vital et ses mécanismes de calcul que de faire émerger les tensions, les responsabilités respectives des partenaires sociaux et les conditions de réussite pour avancer sur ce sujet.

Quels premiers enseignements avez-vous retenu de cette université d’été ?

M.B. : Aujourd’hui, les pratiques de dialogue social en matière de salaire vital sont très peu développées, alors que l’on voit bien le rôle majeur que les acteurs du dialogue social ont à jouer aux différentes étapes du processus. Depuis l’amont, dans la prise en compte des besoins essentiels des travailleurs, jusqu’aux négociations, pour intégrer ces questions-là dans les mécanismes de fixation des salaires et dans leur suivi, permettant de garantir leur mise en œuvre et l’actualisation du sujet. C’est un enseignement clé. La présentation d’une étude a par ailleurs été particulièrement marquante, celle de Marie-Noëlle Lopez intitulée « Mettre en œuvre les salaires vitaux : articuler les initiatives des entreprises, le dialogue social des institutions nationales » (voir encadré ci-dessous). Cette spécialiste des relations sociales internationales a mené une enquête à partir d’entretiens réalisés avec des entreprises multinationales françaises, des organisations syndicales et d’autres acteurs du monde du travail. Elle démontre ainsi que dans les approches actuelles, que s’il y a dialogue c’est uniquement entre techniciens et spécialistes de ces questions-là. Le dialogue social est quasiment inexistant.

Focus sur l’une des contributions : accompagner les démarches des entreprises

Spécialiste des relations internationales et directrice de Newbridges, Marie-Noëlle Lopez a proposé la contribution intitulée Mettre en œuvre les salaires vitaux : articuler les initiatives des entreprises, le dialogue social et les institutions nationales. Elle nous explique en quoi le dialogue social peut être un levier dans la mise en œuvre des politiques de salaire vital des entreprises.

« Les démarches des entreprises en matière de salaire vital ont le mérite d’identifier et de corriger les écarts individuels entre les rémunérations versées et le niveau de salaire nécessaire pour couvrir les besoins essentiels des travailleurs et de leur famille. La présentation de ces démarches aux représentants du personnel, ainsi que des modalités retenues par l’entreprise pour les mettre en œuvre, peut permettre d’aller plus loin : en donnant à voir ce que les démarches permettent de traiter, leur présentation contribue également à faire ressortir ce qu’elles appréhendent moins bien.

C’est par exemple le cas des limites inhérentes au recours à des profils types de ménages, qui ne permettent pas toujours de rendre compte de la diversité des configurations familiales, comme le cas des familles monoparentales. Certaines modalités d’emploi, particulièrement présentes dans certaines activités, comme le temps partiel, peuvent également être insuffisamment appréhendées par ces démarches de salaire vital. Le dialogue social peut ainsi prolonger ces dernières en permettant d’identifier ces situations et d’ouvrir des chantiers spécifiques pour y apporter des réponses adaptées. »

Les suites de l’édition 2026 

Comme pour la première université d’été qui s’est déroulée en 2025, les contributions 2026 des chercheurs vont faire l’objet d’une publication conjointe CIF-OIT / INTEFP.

Découvrez la coédition 2025

Cette publication reprendra les travaux des chercheurs présentés lors des trois journées et mettra en exergue les éléments clés des discussions qui ont eues lieu au cours des différentes sessions et ateliers.

Pour être informés de la parution de cette publication, restez connectés à notre site Internet !

Face à l’intérêt suscité par ces universités d’été tant auprès des chercheurs que des participants, une troisième édition de l’Université d’été du dialogue social se profile déjà pour l’été 2027 …

Définition du salaire vital par l’OIT

Un salaire vital est un « niveau de salaire nécessaire pour assurer un niveau de vie décent aux travailleurs et à leur famille, tenant compte de la situation du pays et calculé pour le travail effectué pendant les heures normales de travail. »

Élaborée à l’issue de réunions d’experts tripartites, cette nouvelle définition a permis de rappeler que « les politiques salariales sont au cœur des préoccupations de l’OIT depuis sa création en 1919 » et que les méthodes de fixation des salaires se doivent notamment d’être basées sur un dialogue social tripartite.

Lors de la 2e université d’été, une première conférence a justement redonné les principes et approche de l’OIT en matière de salaire vital, les évolutions internationales et les enseignements tirés de la coopération technique.

La 2e université d’été en images

La 2e université d’été en images

Cyril Cosme et Mélanie Burlet