Visions et pratiques internationales de l’inspection du travail

Publié le 12/05/2026


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Les 29 et 30 avril 2026, s’est déroulé à Montpellier le Séminaire international de comparaison des pratiques de l’inspection du travail.

Tout est dans le titre : ce workshop organisé par les universités de Bordeaux et de Montpellier a réuni pendant deux jours des acteurs des inspections du travail de 10 pays dans le but de présenter leurs approches sur des thématiques de la santé au travail.

Étaient représentés : Belgique, Espagne, France, Italie, Portugal, Slovénie, Suède, Suisse et, pour la partie plus internationale, Japon et Canada.

Les deux jours d’ateliers ont été intenses puisque chaque délégation a eu à présenter en une dizaine de minutes à chaque fois quelles sont leurs problématiques, leurs approches, leurs initiatives parfois, sur ces différents sujets :

  • l’organisation des systèmes d’inspection et le rôle des différents acteurs,
  • les accidents mortels,
  • la santé mentale et les risques psychosociaux,
  • la santé au travail et les transitions environnementales,
  • la santé au travail et les transitions technologiques,
  • la pénibilité- usure professionnelle / cancers et santé tout au long de la vie,
  • genre et santé au travail.

     

Représenté par Justine Bacic, l’INTEFP a été convié à assister à ce séminaire. La responsable du développement de projets et de la coopération internationale revient pour nous sur ces ateliers de travail.

  • Quels ont été les éléments les plus marquants que vous en retenez ?

Justine Bacic : Chaque pays a sa propre réglementation du travail et une organisation du système d’inspection qui lui est propre. Et même s’il y a des points de convergence entre grandes zones géographiques ou économiques, chaque pays a malgré tout ses problématiques en santé au travail. Certaines économies sont par exemple encore très agricoles et cela a un impact sur les stratégies et l’action d’inspection du travail.

Il y a des contextes juridiques où les inspecteurs ont plus ou moins de pouvoirs et de droits d’accès aux entreprises, aux documents. 

En France, nous avons une approche très organisationnelle et de prévention, alors que le Japon, par exemple, était représenté par un médecin du travail car là-bas, l’approche de l’inspection du travail sur la santé au travail est très médicale, très centrée sur les comportements individuels. En Belgique, ils ont dans chaque entreprise d’une certaine taille des personnes dédiées à la prévention professionnelle, formées selon un cahier des charges fixé par l’État. Ce sont donc des relais très concrets, obligatoires, dédiés à ces questions de santé, sécurité au travail et les inspecteurs travaillent aussi différemment avec les partenaires sociaux. Lorsque les risques psychosociaux ont été abordés, le représentant slovène a expliqué que la situation économique de son pays fait que les gens ont deux, trois emplois. Une pluriactivité qui entraine des risques particuliers pour la santé mentale et physique des travailleurs. 

Malgré tout, certaines thématiques sont traitées partout. Ainsi, il n’y a pas une inspection du travail qui n’a pas développé une stratégie d’action pour prévenir les accidents mortels. La session sur le genre et la santé au travail est aussi celle qui a engendré le plus de discussions sur les approches et le traitement de cette question. De façon générale, les questions émergentes, comme celle-ci ou la pénibilité professionnelle, les transition écologique et technologique, sont celles sur lesquelles les inspecteurs du travail ont le plus besoin d’échanges pour trouver des leviers d’action.

Enfin, lors de la session sur la transition environnementale, l’inspectrice du travail suisse a évoqué l’outil qu’ils ont élaboré pour permettre aux employeurs d’évaluer le risque d’exposition aux UV et aux chaleurs intenses. Cela a suscité beaucoup de réactions car les collègues inspecteurs du travail rêvent d’avoir un tel outil à proposer aux employeurs pour évaluer le risque et prendre des mesures de prévention.

  • Quel était l’intérêt pour l’INTEFP d’y assister ?

J.B. : Dans l’auditoire, j’étais la seule à avoir le regard d’école de formation des inspecteurs du travail. Assister à ces partages d’expérience et à ces échanges est très intéressant car cela interroge vraiment sur les compétences développées par les inspecteurs du travail dans leur mission ? À quel moment peut-on dire qu’un inspecteur du travail exerce au mieux ses missions ? Comment bien former les inspecteurs du travail aux thématiques émergentes, à la réglementation qui se complexifie de plus en plus avec des éléments très techniques comme le risque chimique, les cancers, etc. ? 

Les compétences développées par les inspecteurs sont très techniques doublées d’une capacité d’adaptation continuelle au milieu de travail. Il serait donc intéressant de qualifier ceci en compétences à développer.

Il est toujours intéressant d’entendre comment sont formés les inspecteurs du travail dans d’autres pays. Cet effet miroir interroge sur les pratiques, l’accompagnement, la formation, le recrutement, cela permet d’élargir notre façon d’aborder les problématiques.

En tout cas, un grand merci aux universités d’avoir associé l’INTEFP car cela renforce la visibilité internationale de l’institut.

  • Quelles vont être les suites ?

Un livre blanc libre d’accès est prévu dans les prochains mois dans lequel les différentes contributions seront reprises et développées. Ces deux jours d’atelier ont suscité de nombreuses questions lors des discussions et ce sera très certainement le cas aussi avec le livre blanc ! 
Il y a une vraie appétence des inspecteurs du travail pour l’échange, tout autant pour regarder comment ça se passe à l’étranger que pour présenter leur système et leurs pratiques. Ce workshop a été l’occasion d’une belle mobilisation et d’une forte implication et c’est à souligner.